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mardi 27 mars 2018
Le pouvoir de la « multitude »
Comme le signale Nicolas Colin, « dans l’économie de masse, l’individu trouvait sa place dans deux univers assez précisément cloisonnés, celui de la production et celui de la consommation. Dans l’univers numérique, les frontières entre la production et la consommation se brouillent et finissent par s’estomper ». Le mouvement était amorcé depuis un certain temps dans les sociétés développées, mais l’essor du Web 2.0 a permis à l’économie collaborative de prendre, sous différentes formes, une place significative dans le paysage économique du début du XXIe siècle : « Dans l’économie numérique, les individus jouent désormais un rôle actif et central dans la création de valeur. » Crowdsourcing (production participative), crowdfunding (financement participatif) et mouvement des « communs » témoignent d’une implication de plus en plus forte des individus dans la production de biens et services. « Depuis la crise financière de 2008, les plateformes collaboratives ont pris une place croissante et durable. Elles ont favorisé le recours au travail des particuliers, à leur participation dans le développement de leur propre activité. Les contributions des individus agissent en complément des algorithmes, les nourrissent, les corrigent ou réalisent des actions propres aux humains, comme celles ayant recours à la dimension physique et corporelle, la communication interpersonnelle, mais aussi des micro-tâches qu’il sera moins coûteux de faire réaliser par des humains. »
vendredi 1 avril 2016
Indéterminisme
Une difficulté reculée n'est pas une difficulté résolue. L'indéterminisme phénoméniste, il est vrai, ne se borne pas à reculer la difficulté: il l'enlève du point précis où l'on aurait pu la saisir et la répand sur l'ensemble des phénomènes internes en disant que la volonté libre est déjà dans tous les motifs et mobiles. C'est ce qu'il appelle une synthèse naturelle, par opposition à l'analyse «artificielle» des indifférentistes et des déterministes, qui, à l'en croire, brisent également l'unité humaine.—Parler ainsi, répondrons-nous, c'est confondre l'analyse factice et fausse des Écossais ou des éclectiques, qui aboutit à des «facultés», avec l'analyse naturelle et scientifique des déterministes, qui aboutit à des lois. Dire avec les Écossais que l'intelligence conseille la volonté, c'est sans doute personnifier des abstractions; mais montrer, avec les déterministes, que les lois de la succession des désirs et idées sont identiques aux lois de la succession des actes et mouvements, ce n'est pas briser l'homme en «facultés». La direction suivie par un mobile a beau être une: le mécanicien n'en a pas moins le droit de décomposer les forces composantes qui l'entraînent; on ne l'accusera pas pour cela de séparer et de «personnifier» des forces inséparables. Vous refusez de considérer à part les éléments et les lois d'une volition, sous prétexte que c'est le «tout» qui est libre; mais on aura toujours le droit d'opposer l'analyse à cet artifice de synthèse. Cette fusion trop voisine d'une confusion ne fait que déguiser la difficulté en mêlant les termes du problème. Supposons, pour prendre un exemple sensible, qu'il y ait dans un vase une couche d'eau et au-dessus une couche de vin plus légère qui surnage: un chimiste conclut, après analyse, que le vin ne peut provenir de l'eau, ayant une composition et des propriétés différentes, pas plus qu'un vrai libre arbitre ne peut venir de la passion ou de la raison. Son contradicteur, aussitôt, agite le vase et mêle intimement pour les yeux les deux liqueurs: de cette apparente «synthèse», aura-t-il bien le droit de conclure que le vin est déjà dans chaque particule d'eau et en est inséparable, comme le libre arbitre serait déjà dans les motifs?
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